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« Apocalypse snow » : la délicate équation de l’ouverture des stations de ski en 2020-2021

Le président de la République, Emmanuel Macron, l’a admis au détour d’une phrase lors de son allocution du 24 novembre 2020 : « il semble impossible d’envisager une ouverture des stations de sport d’hiver pour les fêtes, et bien préférable de privilégier une ouverture courant janvier dans de bonnes conditions ». Le premier ministre, Jean Castex, a d’ailleurs fini de doucher les derniers espoirs des professionnels du ski lors de son intervention du 26 novembre indiquant que les montagnes seront accessibles aux Français, mais que « les remontées mécaniques resteront fermées au public ».

Concrètement, ce report d’ouverture ne touche pas seulement les vacanciers. Il bouleverse toute l’économie des stations de ski : hébergements, restauration, remontées mécaniques, emplois saisonniers, réservations et équilibre financier des domaines skiables. Si tu es dans cette situation, tu te demandes sûrement pourquoi quelques semaines de décalage peuvent autant fragiliser un secteur entier. La réponse tient à une combinaison simple : une forte dépendance à la haute saison, des coûts fixes très lourds et une clientèle internationale qui manque à l’appel.

L’essentiel a retenir : le report de l’ouverture des stations de ski en janvier fragilise tout l’écosystème de montagne, pas seulement les remontées mécaniques.

  • Les vacances de Noël pèsent lourd dans le chiffre d’affaires annuel.
  • Les stations dépendent fortement de la clientèle étrangère.
  • Les hôtels-restaurants et hébergements sont touchés en premier.
  • Les domaines skiables supportent des coûts fixes élevés.
  • Une ouverture partielle complique la sécurité et l’organisation.
  • L’incertitude rend le recrutement saisonnier très difficile.

Une dépendance à la clientèle étrangère

Il faut d’abord comprendre un point essentiel : la saison de ski ne se répartit pas de façon régulière sur l’hiver. En pratique, la fréquentation dépend beaucoup des vacances scolaires, de l’enneigement et de la capacité des stations à attirer une clientèle prête à réserver tôt. Or, les stations françaises accueillent déjà une part importante de visiteurs étrangers, environ 28 % de la clientèle des domaines skiables. Dans les faits, cela change beaucoup de choses : quand les frontières se ferment, que les déplacements sont incertains ou que les familles hésitent à voyager, une part entière de la demande disparaît.

Cette dépendance est encore plus marquée dans certaines stations haut de gamme, où les Français ne sont plus majoritaires. Si tu observes ce type de station, tu vois vite le problème : les modèles économiques ont été construits sur une clientèle souvent plus dépensière, qui réserve des hébergements, consomme sur place et soutient aussi l’immobilier touristique. Quand cette clientèle manque, ce n’est pas seulement la billetterie des remontées qui souffre, c’est toute la chaîne de valeur.

On constate souvent que les stations ont cherché à s’ouvrir davantage à l’international pour compenser la baisse de pratique du ski chez les jeunes Français. Le raisonnement était logique sur le papier. Mais dans une crise sanitaire et économique, cette stratégie devient un point de fragilité. Ce que cela implique pour toi, si tu travailles en montagne, c’est qu’il faut raisonner non seulement en saison, mais aussi en provenance de clientèle, en durée moyenne de séjour et en niveau de dépense par visiteur.

Hôtels-restaurants et méga-complexes

Les hôtels, restaurants et bars d’altitude sont en première ligne. C’est logique : une station de ski ne vit pas uniquement de la neige, elle vit aussi de tout ce qui rend le séjour possible et agréable. Dans la pratique, un vacancier ne vient pas seulement pour skier. Il a besoin de dormir, de manger, de se déplacer, parfois de louer du matériel et de profiter d’une offre de loisirs. Si une partie de ces services ferme ou fonctionne en mode dégradé, l’attractivité globale de la station baisse immédiatement.

Le problème est encore plus sensible dans les stations de haute montagne construites autour du ski. Beaucoup d’hébergements y sont des hôtels-restaurants, sans kitchenette, donc très dépendants de la restauration sur place. Si les salles ferment ou si les règles sanitaires limitent fortement l’accueil, l’offre perd en cohérence. En pratique, un client qui cherche des vacances simples et confortables peut vite renoncer, surtout s’il doit jongler avec des contraintes de service, des horaires réduits ou des options de vente à emporter qui ne correspondent pas à l’expérience attendue.

Pour les grands groupes comme Pierre & Vacances ou Club Med, la difficulté est aussi opérationnelle. Ils ont besoin de visibilité pour recruter des saisonniers, organiser les plannings et remplir des capacités d’hébergement souvent importantes. Sans visibilité, les coûts de préparation restent, mais les recettes deviennent incertaines. C’est précisément ce qui rend la situation si délicate : les charges arrivent avant les revenus, et l’incertitude bloque les décisions.

Si tu es exploitant ou gestionnaire, il faut donc anticiper trois risques très concrets : la baisse de réservation, l’augmentation des annulations flexibles et la difficulté à remplir les hébergements sans restauration normale. Dans la majorité des cas, ce trio suffit à faire vaciller un modèle pourtant rentable en année classique.

Coûts fixes

Les domaines skiables fonctionnent avec des coûts fixes élevés. C’est un point central, souvent mal compris par le grand public. Une fois les pistes préparées, sécurisées et les remontées mécaniques opérationnelles, les dépenses ne baissent pas proportionnellement si le nombre de skieurs chute. Autrement dit, ouvrir pour peu de clients coûte presque aussi cher qu’ouvrir pour beaucoup de clients.

Ce fonctionnement explique pourquoi une saison amputée peut devenir très vite problématique. Les exploitants doivent payer les équipes, l’entretien, la sécurité, l’énergie, les contrôles et une partie importante de la logistique, même si la fréquentation est inférieure aux attentes. Dans la pratique, cela veut dire qu’un petit écart de fréquentation peut avoir un effet disproportionné sur la rentabilité.

On pourrait penser qu’une ouverture partielle est une solution simple. En réalité, ce n’est pas si évident. Si tu ouvres seulement une partie du domaine, tu concentres les skieurs sur moins de pistes et moins de remontées. Cela peut créer des engorgements, dégrader l’expérience client et augmenter les risques de collision. En plus, les consignes sanitaires imposent souvent de limiter la capacité des équipements, ce qui complique encore l’équation.

Ce que cela change pour toi, si tu gères une station, c’est qu’il ne suffit pas d’ouvrir “un peu”. Il faut penser en termes de flux, de sécurité, de satisfaction client et de marge d’exploitation. Ouvrir sans volume suffisant peut devenir contre-productif. C’est d’ailleurs pour cette raison que certaines stations privilégient désormais des systèmes de réservation ou des offres fidélisées, comme l’a fait Vail Resorts avec ses pass annuels et ses accès contrôlés.

Casse-tête stratégique… et politique !

Au-delà de l’économie pure, il y a un vrai casse-tête de gestion. Si l’ouverture peut être partielle, puis complète, puis à nouveau restreinte, comment recruter correctement ? Faut-il surdimensionner les équipes et basculer ensuite en chômage partiel ? Ou recruter au minimum et espérer pouvoir renforcer rapidement les effectifs si la situation s’améliore ? Dans la pratique, aucune option n’est parfaite.

Le sujet est particulièrement sensible pour les grands domaines, car ils ont souvent des conventions de reconduction d’embauche avec leurs saisonniers. Cela crée de l’inertie, mais aussi des obligations et des attentes fortes. Les petites stations, elles, disposent parfois d’une plus grande souplesse. Elles peuvent ajuster plus vite leurs effectifs et leur périmètre d’ouverture. C’est un avantage réel quand l’environnement change d’une semaine à l’autre.

Il y a aussi une dimension politique. Les stations françaises ne sont pas isolées : elles sont en concurrence avec la Suisse, l’Autriche, l’Italie, l’Espagne ou l’Allemagne, et certaines zones sont même transfrontalières. Dans ce contexte, une décision française prise seule peut perdre en efficacité si les pays voisins adoptent une stratégie différente. C’est ce qui explique les appels à la coordination européenne.

Dans les faits, cette coordination est difficile, parce que les priorités ne sont pas les mêmes partout. Certains pays veulent sauver la saison touristique, d’autres cherchent à limiter les déplacements, d’autres encore veulent harmoniser les règles. Résultat : les stations doivent composer avec une incertitude réglementaire permanente. Si tu cherches à comprendre pourquoi le secteur est autant sous tension, c’est là qu’il faut regarder : pas seulement la météo ou la neige, mais aussi la visibilité politique et sanitaire.

Ce que cela implique pour l’économie de montagne

Le vrai sujet, au fond, n’est pas seulement l’ouverture des pistes. C’est la survie d’un écosystème complet. Une station de ski fait travailler des hébergeurs, des restaurateurs, des loueurs de matériel, des secouristes, des pisteurs, des commerçants, des transporteurs et des prestataires de services. Quand l’activité ralentit, l’effet domino est immédiat.

Dans certaines zones touristiques, comme la Tarentaise, l’économie locale dépend massivement du ski. Cela veut dire qu’un report d’ouverture ou une saison tronquée ne se traduit pas uniquement par une baisse de chiffre d’affaires pour les exploitants de remontées mécaniques. Cela affecte aussi l’emploi, les recettes locales, l’immobilier touristique et la vitalité des villages de montagne.

Concrètement, si tu vis ou travailles dans une station, tu peux retenir une chose : plus le modèle économique repose sur quelques semaines décisives, plus il est vulnérable aux décisions sanitaires, aux restrictions de capacité et aux aléas internationaux. C’est pourquoi les professionnels cherchent aujourd’hui à diversifier leurs revenus, à lisser les réservations et à sécuriser davantage leurs flux de clientèle.

Dans la pratique, les stations qui s’en sortent le mieux sont souvent celles qui ont su combiner plusieurs leviers : un positionnement clair, une offre quatre saisons, une bonne gestion des réservations, une capacité d’adaptation rapide et une lecture fine de leur dépendance à la clientèle étrangère. Ce n’est pas une garantie absolue, mais c’est ce qui réduit le risque.

FAQ

Pourquoi le report de l’ouverture des stations de ski au mois de janvier pose-t-il autant de problèmes ?

Le report de l’ouverture des stations de ski au mois de janvier pose autant de problèmes parce qu’il touche la période la plus rentable de la saison. Les vacances de Noël et l’avant-saison représentent une part importante de la fréquentation et du chiffre d’affaires. Quand cette période saute ou se réduit, les stations perdent des recettes difficiles à rattraper ensuite.

Pourquoi les stations de ski françaises sont-elles si dépendantes de la clientèle étrangère ?

Les stations de ski françaises sont si dépendantes de la clientèle étrangère parce qu’elle représente déjà une part importante des visiteurs et qu’elle dépense souvent davantage sur place. Cette clientèle soutient les hébergements, la restauration et parfois l’immobilier touristique. Si elle manque, l’équilibre économique de certaines stations devient beaucoup plus fragile.

Pourquoi les hôtels-restaurants de montagne sont-ils particulièrement fragiles ?

Les hôtels-restaurants de montagne sont particulièrement fragiles parce qu’ils dépendent à la fois de l’hébergement et de la restauration sur place. Quand les salles ferment ou que l’accueil est fortement contraint, l’offre perd en attractivité. Dans les stations de haute montagne, cette fragilité est encore plus forte car les alternatives sont limitées.

Pourquoi les domaines skiables ont-ils des coûts fixes élevés ?

Les domaines skiables ont des coûts fixes élevés parce qu’il faut entretenir les pistes, faire fonctionner les remontées mécaniques, assurer la sécurité et mobiliser des équipes, même si la fréquentation baisse. Une grande partie des dépenses reste donc incompressible. C’est ce qui rend une saison amputée particulièrement difficile à absorber.

Une ouverture partielle des stations est-elle une bonne solution ?

Une ouverture partielle des stations n’est pas toujours une bonne solution. Elle peut concentrer les skieurs sur moins de pistes et de remontées, ce qui augmente les risques d’engorgement et dégrade l’expérience client. Dans certains cas, elle permet de limiter les pertes, mais elle doit être pensée avec beaucoup de prudence.

Comment les stations de ski peuvent-elles s’adapter à une saison incertaine ?

Les stations de ski peuvent s’adapter à une saison incertaine en améliorant leur visibilité sur les réservations, en ajustant leur recrutement et en diversifiant leurs revenus. Certaines misent aussi sur des systèmes de réservation ou des offres plus fidélisantes pour sécuriser l’activité. Dans la pratique, l’adaptation passe surtout par la flexibilité et l’anticipation.


Julien Pillot does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

Julien Pillot, Enseignant-Chercheur en Economie et Stratégie (Inseec U.) / Pr. et Chercheur associé (U. Paris Saclay), INSEEC School of Business & Economics

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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